Regards croisés : Hedy Elkhazen sur les Français et la prévention incendie

Hedy Elkhazen, vice-président du Bureau Enquête Incendie, est Expert en Recherche des Causes et Circonstances d’Incendie. Pour Attention au Feu, il a accepté de répondre à quelques questions suite à la publication des résultats du sondage Kidde-LH2 sur les Français et la prévention incendie.

Le récent sondage Kidde-LH2 sur l’attitude des Français et la prévention des incendies domestiques fait ressortir certaines contradictions. Si la grande majorité d’entre eux (77%) prennent au sérieux le risque d’incendie domestique, moins de la moitié (47%) se sentent directement concernés. Comment l’expliquez-vous ?
L’inconscient collectif se dit que « ça n’arrive qu’aux autres », cette seule idée suffit à remettre l’achat et la pause d’un Détecteur Avertisseur Autonome de Fumée (DAAF) à plus tard. Le nombre d’incendies diminue depuis 2006, c’est un fait et c’est très positif. Cependant le nombre d’interventions incendies dans le Val d’Oise reste conséquent en 2012 : 5 345 , d’après la Synthèse opérationnelle 2012 du SDIS-95. Ca n’arrive qu’aux autres jusqu’au jour où… Un simple geste pour faire de cet adage une réalité c’est facile et peu coûteux

On sait que les détecteurs de fumée sont le seul moyen réellement efficace d’être averti en cas de départ d’incendie, et pourtant, en France, le taux d’équipements reste faible. Selon vous, quel est le principal obstacle à l’installation des détecteurs de fumée ?
Est-ce que tout le monde sait que c’est un moyen réellement efficace ? Je pense que beaucoup se disent que s’il y a un incendie chez eux, par exemple la nuit (dans 70% des cas), ils se réveilleront automatiquement mais peu savent que 70% des incendies domestiques ayant entraîné la mort sont dus à une asphyxie causée par la fumée. C’est précisément la mission DAAF, avertir avant que les fumées toxiques ne vous atteignent et ainsi vous donnez le temps de réagir efficacement. Les principaux obstacles, je pense, sont la méconnaissance du danger mais aussi le manque de confiance envers le détecteur de fumée tout simplement.

65% des Français ont entendu parler de la loi Morange, mais seulement 21% savent à qui incombe l’installation des détecteurs de fumée. Qu’en dites-vous ?
Plus de prévention serait la bienvenue, de nos jours on ne va pas chercher les informations, on attend qu’elles viennent à nous, c’est culturel. A nous, professionnels, mais aussi aux 21% de Français qui savent à qui incombe l’installation des DAAF, des communiquer d’avantage sur les risques d’incendie domestique.

Il ressort du sondage que 71% des habitants en maison ont entendu parler de la loi Morange tandis que 45% des habitants en logements collectifs ne sont pas au courant de cette future obligation d’installer un détecteur de fumée. Le fait d’habiter en maison a-t-il un effet « responsabilisant » ?
Les personnes possédant une maison ont souvent une cheminée, le fait de voir le feu, même de manière contrôlé a sûrement un côté responsabilisant qui pousse les propriétaires de maisons à être plus attentifs aux risques liés au feu.

Que diriez-vous à une personne hésitant à installer un détecteur ?
Si un jour vous avez rêvé de sauver des vies c’est grâce l’acquisition d’un détecteur-avertisseur de fumée que vous pourrez non seulement sauver votre vie mais aussi celle de vos proches.

21/02